Comment rater son cadrage et continuer à travailler avec son client
Mercredi 1 avril 2009Sur la base d’un cahier des charges d’une collectivité pour une action de Formation à l’évaluation des projets menés avec des associations, j’avais répondu en soignant la reformulation du contexte, posé quelques hypothèses à valider et proposé des objectifs pédagogiques, à l’intersection entre ce qui était demandé et ce que j’avais cru comprendre.
Un mois plus tard, un courrier m’informait que j’étais retenue, et j’allais donc pouvoir rencontrer les chefs de services à la source de la demande, avant de construire la formation proprement dite.
Pour la rencontre avec les Chefs de Service, j’avais peaufiné une trame de travail, basée sur les éléments dont je pensais avoir besoin, en termes de connaissance du milieu.
- Quelle est la logique de l’évaluation : politique ou autre
- Qui pilote quoi
- Comment l’agent peut-il suivre le processus de ces évaluations pour un portefeuille de plusieurs associations, et en faire le compte rendu à sa hiérarchie
- Quelles sont les difficultés affichées par les agents, dans la mise en œuvre des chartes de fonctionnement
- Qu’en disent les associations
- Quand il y a conflit entre les agents et les associations, de quel type des de conflit s’agit-il
- etc.
Je ressortis de la réunion, avec des réponses à toutes ces interrogations, et quelques documents censés m’éclairer sur les contrats d’objectifs et autres conventions.
Je bâtis donc le scénario et préparai un peu de documentation pédagogique, bien décidée à faire travailler le premier jour, les participants en sous-groupes, sur la base de thèmes dont j’avais exclu toute question spécifique, pour voir où le travail mènerait.
La formation se révéla très difficile, même si j’avais compris dès la première heure que les agents étaient opposés à la nouvelle forme d’évaluation des projets associatifs. Le Service Formation me donna l’absolution pour cette prestation bancale.
Quand j’y repense, voici ce que j’aurais pu apprendre, lors de mes travaux préparatoires, si j’avais seulement déroulé une démarche systémique que je ne connaissais pas bien à l’époque :
- J’avais sous-estimé l’impact du changement de couleur politique de la municipalité, qui ne voulait plus se contenter d’un bilan quantitatif des actions financées ou co-financées aux associations, mais qui souhaitait un bilan qualitatif, avec des critères qui restaient à imaginer.
- J’aurais pu précisément savoir qui pouvait freiner cette démarche, pas ceux qui s’occupaient des « grosses associations » .J’aurais appris qu’à part les Chefs de Services, à qui on avait imposé cette ligne d’actions, personne n’était vraiment partant pour l’évaluation « nouvelle mouture ».
- Je me serais attendue à ce que deux groupes bien distincts, campent sur leurs croyances et le bien-fondé de leurs actions.
- J’aurais peut-être appris que les Chefs de Services comptaient sur la formation pour faciliter l’implantation de nouvelles modalités de travail… alors que la majorité des participants ne maîtrisaient pas le B-A BA de la conduite de projets. Et n’avaient aucune envie de changer quoi que ce soit à leurs pratiques.
Et cela aurait changé beaucoup de choses dans mon travail, et dans la façon de le vivre.
Aujourd’hui, je suis sollicitée une ou deux fois par an par cette collectivité, pour répondre à des appels d’offres du même acabit, pour lesquels on n’a accès aux éléments concrets, qu’après avoir remporté l’appel d’offres. Je continue à répondre sur le même modèle, et quand mon offre est retenue, je procède à un cadrage systémique précis puis, j’ajuste avec le donneur d’ordre les objectifs sur lesquels je vais bâtir mon action. Le travail n’est pas plus facile, mais j’ai moins de mauvaises surprises.
Je n’ai pas encore osé proposer aux personnes qui rédigent les appels d’offres, de les former aux techniques de cadrage. Mais après tout, peut-être ai-je acquis un avantage par rapport à mes concurrents, qui sait ?
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